ENTREPRISES ET TRANSFORMATION DIGITALE

ENTREPRISES ET TRANSFORMATION DIGITALE

ENTREPRISES ET TRANSFORMATION DIGITALE

L’arrivée de l’Homo Numericus au travail bouleverse la vie des entreprises. Elles doivent s’adapter et vite, car beaucoup ont pris un sérieux retard…

 

Conférence passionnante le 10 octobre sur la question de « L’Homo Numericus au travail ». Organisée par Acteurs de l’économie à l’EM Lyon, elle abordait une problématique de premier plan pour les entreprises : la transformation digitale. S’adapter aux évolutions de leur environnement n’est pas une nouveauté pour les TPE, PME et ETI mais la transition reste difficile. « On a pris du retard par rapport aux particuliers et à leurs usages du digital. Les salariés sentent un décalage entre ce qu’ils vivent dans l’entreprise et leur utilisation personnelle », reconnaît Patrick Martin, dirigeant du groupe Martin Belaysoud et président du Medef Rhône-Alpes Auvergne. Pourtant, les entreprises consentent à des efforts financiers importants pour prendre le virage du digital. Nouveaux outils, systèmes informatiques repensés, passage au e-commerce, réorganisation interne… Martin Belaysoud consacre 50% de ses investissements au digital. Pour autant, certaines TPE n’ont pas encore entamé leur mue. Ainsi, 46 % des patrons de TPE ne se sentiraient pas concernés par la transformation numérique (*). Ce chiffre paraît très étonnant, à l’heure où le digital fait partie du quotidien et où les start-up se multiplient.

 

Salariat et syndicat

 

À l’image de Food & You, dont le modèle est uniquement digital. Le concept : proposer aux particuliers d’assouvir leur passion pour la cuisine en travaillant aux côtés d’un chef, le temps d’une soirée, en conditions réelles. Portée par Karen Finzi et Jean-Christophe Menz, la start-up s’appuie sur des équipes d’ambassadeurs, composées d’auto-entrepreneurs, qui animent la communauté partout en France. « Le digital est l’essence même de notre entreprise. Nous n’avons pas à gérer cette fameuse “transition”, et tant mieux ! Cela a l’air très compliqué », s’amuse Jean-Christophe Menz.

 

En effet, la transformation digitale est complexe car elle touche tous les secteurs de l’entreprise. Le business model, certes, mais aussi et surtout les ressources humaines. La nouvelle génération de salariés est différente de la précédente. Ces « digital natives » bouleversent les modes d’organisation, la hiérarchie… Il faut être capable de les suivre, de répondre à leurs attentes pour les fidéliser, tout en accompagnant les précédentes générations, moins à l’aise avec ces outils digitaux.

 

Les syndicats ont aussi un rôle à jouer dans ces évolutions. « On doit repenser l’organisation du travail. Le numérique permet la mise en place de systèmes plus collaboratifs. Mais chaque salarié doit bénéficier de cette transformation et être utile », reconnaît Elisabeth Le Gac, secrétaire général CFDT Rhône-Alpes Auvergne. La question de la fin du salariat se pose également, avec l’accroissement du nombre de travailleurs indépendants.

 

L’humain au cœur

 

Pour Pierre-Yves Gomez, professeur de stratégie à l’EM Lyon, la fin du salariat est une illusion. « Rappelons pourquoi le salariat a été mis en place ? Pour fidéliser les talents. Il est trop coûteux et risqué pour une entreprise de renouveler constamment son personnel ». Pour lui, la transformation digitale participe à replacer l’humain au cœur des entreprises. « Les modes d’organisation volent en éclat, les usages changent ainsi que le management. Mais il faut toujours reconquérir l’intelligence de son travail. Permettre à l’homme de savoir pourquoi il fait ça ? À quoi cela sert et à quoi il sert ? Car c’est l’humain qui crée de la valeur, et non les outils », conclut-il.

*sondage Ifop et Fiducial, avril 2016